« C’est la politique menée qui pose problème, pas le manque de moyens »


J’éprouve beaucoup d’admiration pour le courage de cette jeune, jolie et talentueuse avocate qu’est Me Delphine Paci, qui ose dénoncer les abominations qui se déroulent dans le milieu carcéral, malgré les pressions et les tabous qui règnent dans ce domaine. Elle a également, toujours très courageusement, défendu Wahoub Fayoumi, victime de tortures de la part de la police.

C’est pourquoi je relaie ici un extrait d’un article paru dans le quotidien « Le Soir » de ce 9 août 2010, auquel elle accorde un entretien.

*

Delphine Paci, présidente de la section belge de l’Observatoire international des prisons, commente le rapport sur les prisons belges du Comité européen pour la prévention de la torture (CPT). Le CPT apparaît bien sévère… Son constat est ferme. Mais pas assez sévère, à nos yeux. Il aurait fallu aller plus loin, par exemple, dans la dénonciation de l’application très partielle de la loi de 2005 sur le statut interne des détenus. En cinq ans, à peine un tiers de la loi est entré en application. L’Etat belge est pointé du doigt pour des actes assimilés à la torture ou aux traitements inhumains… L’Etat est fustigé, c’est vrai. Mais ce qui m’effraye le plus, c’est l’immobilisme des décideurs politiques, malgré les condamnations récurrentes. Ils manquent de moyens ? Absolument pas. On ne manque pas de moyens pour construire de nouvelles prisons, quand il s’agit de faire croire à la population que la sécurité est assurée quand on multiplie la capacité d’enfermement. La solution qui consiste à transférer des détenus à Tilburg, aux Pays-Bas, s’avère aussi très coûteuse. Ce n’est pas la maigreur des moyens qui pose problème, mais la politique pénitentiaire du gouvernement. Mais peut-être aussi la résistance au changement des agents ? C’est vrai dans certains cas, comme leur opposition au service minimum garanti en cas de grève. La Belgique est le seul pays d’Europe, avec l’Albanie, à ne pas assurer de service minimum dans les prisons. Or on sait que c’est pendant les grèves, quand la police prend le relais, que l’on enregistre les incidents les plus graves : morts suspectes, violence… Mais dans d’autres cas, comme l’état lamentable des annexes psychiatriques, le personnel est demandeur de changements. Quelle serait votre priorité ? Précisément l’état de ces annexes psychiatriques, qui sont de véritables dépotoirs. C’est le sort que l’Etat réserve aux internés, des malades, parfois des handicapés mentaux, qui me choque le plus. A Jamioulx, ils sont cloîtrés dans des dortoirs, toutes pathologies confondues, sans soins. Une promiscuité et une absence de soins qui génèrent une violence intenable. A Forest et Berkendael, il y a à peine un psychiatre pour 110 internés. Certains passent jusqu’à quatre ans en annexe, dans un climat qui n’améliore certainement pas leur état mental. L’ex-ministre de la Justice, Laurette Onkelinx, avait promis des solutions. Rien n’a bougé. Pour ce qui nous concerne, les internés n’ont rien à faire en prison : ils relèvent de l’assurance-maladie, pas de la Justice. Le rapport est aussi très sévère avec les quartiers de haute sécurité… Certaines pratiques qui y ont cours posent question. L’usage, par les agents, d’un spray au poivre, avec un règlement surréaliste où on recommande, par exemple, que les cheveux du détenu aspergé soient lavés au shampoing pour bébés ! Pire : le recours au pistolet à impulsion électrique, le Taser, dans les quartiers de haute sécurité, sans formation et sans le moindre encadrement réglementaire de son usage. Cela doit tout simplement cesser.

L'avocate Delphine Paci est tellement mignonne que je ne peux m'empêcher de joindre sa photo à cet article...

Delphine Paci, présidente de la section belge de l’Observatoire international des prisons, commente le rapport sur les prisons belges du Comité européen pour la prévention de la torture (CPT).

Le CPT apparaît bien sévère…

Son constat est ferme. Mais pas assez sévère, à nos yeux. Il aurait fallu aller plus loin, par exemple, dans la dénonciation de l’application très partielle de la loi de 2005 sur le statut interne des détenus. En cinq ans, à peine un tiers de la loi est entré en application.

L’État belge est pointé du doigt pour des actes assimilés à la torture ou aux traitements inhumains…

L’État est fustigé, c’est vrai. Mais ce qui m’effraye le plus, c’est l’immobilisme des décideurs politiques, malgré les condamnations récurrentes.

Ils manquent de moyens ?

Absolument pas. On ne manque pas de moyens pour construire de nouvelles prisons, quand il s’agit de faire croire à la population que la sécurité est assurée quand on multiplie la capacité d’enfermement. La solution qui consiste à transférer des détenus à Tilburg, aux Pays-Bas, s’avère aussi très coûteuse. Ce n’est pas la maigreur des moyens qui pose problème, mais la politique pénitentiaire du gouvernement.

Mais peut-être aussi la résistance au changement des agents ?

C’est vrai dans certains cas, comme leur opposition au service minimum garanti en cas de grève. La Belgique est le seul pays d’Europe, avec l’Albanie, à ne pas assurer de service minimum dans les prisons. Or on sait que c’est pendant les grèves, quand la police prend le relais, que l’on enregistre les incidents les plus graves : morts suspectes, violence… Mais dans d’autres cas, comme l’état lamentable des annexes psychiatriques, le personnel est demandeur de changements.

Quelle serait votre priorité ?

Précisément l’état de ces annexes psychiatriques, qui sont de véritables dépotoirs. C’est le sort que l’État réserve aux internés, des malades, parfois des handicapés mentaux, qui me choque le plus. A Jamioulx, ils sont cloîtrés dans des dortoirs, toutes pathologies confondues, sans soins. Une promiscuité et une absence de soins qui génèrent une violence intenable. A Forest et Berkendael, il y a à peine un psychiatre pour 110 internés. Certains passent jusqu’à quatre ans en annexe, dans un climat qui n’améliore certainement pas leur état mental. L’ex-ministre de la Justice, Laurette Onkelinx, avait promis des solutions. Rien n’a bougé. Pour ce qui nous concerne, les internés n’ont rien à faire en prison : ils relèvent de l’assurance-maladie, pas de la Justice.

Le rapport est aussi très sévère avec les quartiers de haute sécurité…

Certaines pratiques qui y ont cours posent question. L’usage, par les agents, d’un spray au poivre, avec un règlement surréaliste où on recommande, par exemple, que les cheveux du détenu aspergé soient lavés au shampoing pour bébés ! Pire : le recours au pistolet à impulsion électrique, le Taser, dans les quartiers de haute sécurité, sans formation et sans le moindre encadrement réglementaire de son usage. Cela doit tout simplement cesser.

Source : http://archives.lesoir.be/un-rapport-condamne-lourdement-nos-prisons-%AB_t-20100809-010LZX.html

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